Visite d’un activiste de la Maison Arc-en-Ciel à Washington

Visite d’un activiste de la Maison Arc-en-Ciel à Washington

Jean-Daniel Ndikumana, animateur à la Maison Arc-en-Ciel de la province de Luxembourg s’est rendu à Washington du 29 juillet au 22 août dernier afin de porter la parole des réfugiés LGBT auprès des représentants politiques et des ONG américaines. Durant son séjour, il a eu l’occasion de rencontrer de nombreux représentants d’associations LGBT et d’organisations de défense des droits humains. Ce fût l’occasion aussi de visiter des lieux emblématiques comme le Congrès et le Département d’Etat

Retrouver ci-dessous la traduction d’un article consacré au voyage à Washington de Jean-Daniel parut dans le Washington Blade. L’interview s’est déroulée le 9 août dans les bureaux de Human Rights First près de McPherson Square dans le centre de Washington.

Un activiste LGBT du Burundi visite Les Etats-Unis

Jean-Daniel Ndikumana a vécu dans la capitale burundaise Bujumbura. Après avoir fait son coming-out auprès de ses jeunes frères et sœurs, ceux-ci l’ont acceptés. Cependant, sa tante l’a expulsé de la maison après que son oncle ait entendu parler de son orientation sexuelle. Ses parents l’évitaient alors qu’il était âgé de 22 ans à l’époque : « la famille m’a dit que j’étais une malédiction pour elle », a-t-il déclaré.

Jean-Daniel a fuit le Burundi le 31 Juillet 2013. Il a reçu l’asile en Belgique et vit maintenant dans la province de Luxembourg où il travaille pour la Maison Arc-en-Ciel, une association LGBT dont le nom se traduit par Rainbow House en anglais. «Je savais que la Belgique était un pays démocratique et que je pourrais y avoir une vie meilleure », a déclaré Jean-Daniel. Durant son séjour, il a rencontré des associations LGBT, des défenseurs de réfugiés et des droits de l’homme ainsi que des législateurs et des fonctionnaires du Département d’État.

Le 12 août, Jean-Daniel s’est rendu à Portland dans le Maine pour rencontrer un groupe de demandeurs d’asile LGBT africains. Il a également rendu visite à trois de ses frères et sœurs qui vivent à New York et dans le Connecticut. Il a précisé que deux de ses sœurs qui vivent aux USA l’ont initialement rejeté parce qu’il était gay. Ils ont travaillé dur pour rétablir leur relation lors de sa visite et peut dire maintenant que les choses vont mieux entre eux.

Jean-Daniel sollicite le soutien des États-Unis pour les militants burundais

Le Burundi est un petit pays d’Afrique centrale, assez pauvre, limitrophe du Rwanda, de la Tanzanie, de la République démocratique du Congo et du lac Tanganyika.

Une longue guerre civile dans l’ancienne colonie belge de 1993 à 2006 a laissé environ 300.000 morts. Les combats ont repris l’an dernier après que le Président Pierre Nkurunziza a annoncé qu’il allait briguer un troisième mandat. Celui-ci a signé en 2009 une loi qui criminalisait l’homosexualité au Burundi. Ceux qui sont reconnus coupables de se livrer à des relations avec une personne de même sexe  risquent  jusqu’à trois ans de prison et une amende de $ 30- $ 60. « En Afrique, c’est beaucoup d’argent », a déclaré Jean-Daniel.

Il déclare également avoir connu des  discriminations en raison de son orientation sexuelle depuis l’enfance. Il affirme qu’un professeur de l’école primaire l’a frappé quand il l’a trouvé en train de «déconner» avec un garçon. Les gens l’insultaient de «pédophile» et ses camarades de classe lui jetaient des pierres dans la rue. «Même si je n’avais pas fait mon coming out, j’avais une allure féminine ».

Jean-Daniel a décidé de défendre ses propres droits une fois qu’il est entré à l’université. Il a commencé à plaider en faveur des droits LGBT au Burundi en 2008.

Jean-Daniel est devenu éducateur et a travaillé pour un certain nombre de groupes de pression dans le pays. Lui et quatre autres militants ont formé plus tard une organisation qui a cherché à élargir les efforts de plaidoyer qui, traditionnellement, ont eu lieu autour de la lutte contre le VIH / SIDA. « Nous avons dit que nous ne pouvions pas travailler seulement sur des questions liées à la santé», a-t’il déclaré. « Nous devions travailler sur les droits de l’homme parce que de nombreux pays, dont le Burundi, ont criminalisé les relations entre personnes de même de même sexe empêchant l’accès aux soins de santé à la communauté LGBT. »

Jean-Daniel relate que l’Ambassade de Belgique à Bujumbura a apporté son soutien aux militants burundais. Il a dit qu’il aimerait que le gouvernement des États-Unis fasse de même. « La raison pour laquelle je devais partir et demander l’asile en Belgique était que je n’étais pas suffisamment protégé dans mon propre travail pour être en mesure de rester et de travailler sans souci».

Il a ajouté qu’il aimerait aussi contrer l’idée fausse qui circule en Afrique disant que l’homosexualité est une importation occidentale. «Nous savons que ce n’est pas le cas », a t’il dit. «Nous savons que l’homosexualité n’est pas un choix. C’est quelque chose avec lequel vous êtes né. C’est quelque chose qui est inné».

L’activiste aborde le terrorisme, les discours anti-migrants, Trump

Le voyage de Jean-Daniel a coïncidé avec l’augmentation de discours anti-migrants et anti-musulmans en Europe et aux États-Unis. «Les gens qui viennent en Europe ou aux États-Unis, mais plus particulièrement en Belgique, ne viennent pas parce qu’ils veulent vraiment vivre dans ce pays. Ils viennent parce qu’ils ont dû partir parce que c’était très difficile pour eux. Ils ont dû abandonner leur pays, leur culture ». «Ils viennent dans un endroit où ils doivent tout recommencer, s’adapter et apprendre de nouvelles façons d’être dans la société», a ajouté Jean-Daniel.

Deux kamikazes ont tué 16 personnes à l’aéroport de Bruxelles le 22 Mars. 16 autres personnes sont mortes le même jour quand une bombe a explosé dans le de métro de la capitale belge. L’État Islamique a revendiqué la responsabilité de ces deux attaques. La police belge dit que les hommes qui ont perpétré les attentats de Bruxelles ont également été impliqués dans la série d’attentats terroristes à Paris en novembre dernier qui ont fait plus de 100 morts.

Jean-Daniel  affirme que les autorités l’ont détenu pendant une heure à l’aéroport de Bruxelles avant son vol pour les USA parce qu’ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas vérifier son visa. Il a précisé que l’ambassade des États-Unis avait confirmé qu’elle lui avait remis.

« Je sentais que c’était du racisme ou de l’homophobie contre un réfugié car en tant que réfugié, je ne pouvais plus aller ni en arrière, ni en avant », a déclaré  Jean-Daniel en notant qu’il voyageait avec un passeport mentionnant son statut de réfugié. «Même si nous vivons dans un pays démocratique où on accepte l’homosexualité, nous sommes encore touché par des discriminations et il y a encore des choses comme ça qui arrivent. »

Jean-Daniel a également déclaré qu’il était préoccupé par une potentielle présidence de Donald Trump, notant que des personnes LGBT belges et africaines venaient souvent lui en parler. « Je ne sais pas ce qui se passerait, mais peut-être je ne reviendrai pas aux États-Unis, » a t-il dit. « Je suis contre lui. »

Lire l’intégralité de l’article parut dans le Washington Blade (EN)

Photo de Michael K. Lavers

 


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